Santé Québec : une agence coûteuse pour des résultats qui tardent à se matérialiser
Image cover : Illustration symbolique du système de santé québécois montrant un labyrinthe administratif avec une chaise de direction au centre, observé par un responsable politique, une infirmière et un médecin, sous des points d’interrogation suspendus, avec le drapeau du Québec et l’Assemblée nationale en arrière-plan, représentant la dilution des responsabilités et les enjeux d’accès aux soins.
La création de Santé Québec, issue du projet de loi 15, devait marquer un tournant majeur dans la gouvernance du système de santé québécois. En centralisant la gestion du réseau au sein d’une société d’État, le gouvernement promettait une meilleure efficacité, une réduction de la bureaucratie et, ultimement, une amélioration tangible de l’accès aux soins.
Or, à ce stade de son implantation, le rapport coûts-résultats de Santé Québec soulève de sérieuses questions.
Pourquoi Santé Québec a été mise sur pied
Santé Québec a été créée pour corriger ce que l’État identifiait comme les faiblesses structurelles du réseau :
- une gouvernance jugée trop fragmentée ;
- des décisions lentes et incohérentes entre les régions ;
- une absence de pilotage central fort ;
- une difficulté à contrôler les coûts et la performance.
L’agence devait donc agir comme gestionnaire unique, responsable de l’ensemble des établissements, pendant que le ministère se recentrerait sur la planification stratégique.
👉 L’hypothèse centrale était claire :
mieux gérer = mieux soigner.
Le coût réel de la centralisation
La mise en place de Santé Québec n’est pas neutre financièrement.
Elle implique :
- la création d’une nouvelle structure dirigeante ;
- la centralisation de fonctions auparavant réparties (RH, finances, approvisionnement, TI) ;
- des systèmes informatiques unifiés ;
- des couches supplémentaires de gestion et de reddition de comptes.
Même si certaines économies sont annoncées sur papier, les coûts administratifs initiaux sont élevés, et surtout, ils sont engagés avant toute amélioration mesurable de l’accès aux soins.
👉 Autrement dit, on investit d’abord massivement dans la structure, en espérant des bénéfices cliniques ultérieurs — sans garantie contractuelle de résultats.
Qualité et accessibilité des services : un décalage persistant
Malgré cette réforme lourde :
- le nombre de personnes sans médecin de famille demeure élevé ;
- l’accès à la première ligne reste instable ;
- les urgences continuent de compenser l’absence de soins continus ;
- les parcours de soins sont toujours fragmentés.
Ni les patients, ni les professionnels ne constatent, à ce jour, d’amélioration systémique directement attribuable à Santé Québec.
👉 La gouvernance a changé.
👉 L’expérience patient, elle, reste largement la même.
Un problème fondamental : aucune obligation de résultats cliniques
Santé Québec est évaluée principalement sur :
- des indicateurs de gestion ;
- des cibles organisationnelles ;
- des paramètres financiers.
En revanche, elle n’est pas légalement tenue à :
- réduire le nombre de patients sans médecin ;
- garantir des délais maximums d’accès ;
- assurer une continuité minimale de soins.
👉 Sans indicateurs cliniques opposables,
👉 sans conséquences en cas d’échec,
la performance administrative devient une fin en soi.
Le paradoxe Santé Québec
Santé Québec illustre un paradoxe bien connu des grandes réformes publiques :
Plus la structure est complexe et centralisée,
plus elle mobilise d’énergie à se gérer elle-même,
au détriment de son impact direct sur le terrain.
Patients et professionnels constatent la même chose :
- plus de directives ;
- plus de contrôles ;
- plus de procédures ;
mais pas plus de soins accessibles.
La question incontournable : est-ce que ça vaut le coût ?
Si, après des investissements importants :
- l’accès aux soins ne s’améliore pas ;
- la continuité médicale ne progresse pas ;
- la charge sur les urgences demeure ;
alors le retour sur investissement public de Santé Québec est insuffisant.
Une réforme de cette ampleur ne peut être jugée uniquement sur sa capacité à restructurer un organigramme.
Elle doit être évaluée sur ce qu’elle change concrètement pour la population.
Pistes de solutions — toujours dans le cadre de Santé Québec
Si Santé Québec veut remplir sa promesse initiale, elle doit réorienter son action :
1. Lier son financement et sa gouvernance à des résultats cliniques
- Réduction mesurable du nombre de patients sans médecin.
- Délais maximums garantis en première ligne.
- Indicateurs de continuité de soins.
2. Redonner une marge de manœuvre réelle aux équipes locales
- Décentraliser certaines décisions cliniques.
- Adapter les modèles de soins aux réalités régionales.
- Réduire la standardisation rigide.
3. Simplifier la structure plutôt que l’alourdir
- Réduire les niveaux hiérarchiques.
- Éliminer les redditions de comptes redondantes.
- Recentrer l’agence sur un nombre limité d’objectifs prioritaires.
Conclusion
Santé Québec est née d’une intention légitime.
Mais une intention ne soigne pas.
Tant que les coûts engagés serviront principalement à faire fonctionner la structure elle-même, sans amélioration tangible de l’accès et de la qualité des soins, la réforme demeurera un exercice de centralisation coûteux, plutôt qu’une réponse efficace à la crise que vivent les citoyens et les professionnels.
La question n’est plus pourquoi Santé Québec existe.
La question est désormais :
À quelles conditions cette agence peut-elle réellement améliorer la santé des Québécois — et à quel coût acceptable pour la société ?
Lecture critique de l’organigramme
👉 Avant :
MSSS → établissements (avec plusieurs paliers)
👉 Maintenant :
MSSS → Santé Québec → établissements
Ce que cela signifie concrètement :
- Une couche supplémentaire de gouvernance
- Une centralisation accrue des décisions
- Une chaîne hiérarchique plus longue
- Une distance plus grande entre le terrain et le décideur final
« Santé Québec n’a pas supprimé la bureaucratie : elle l’a déplacée et concentrée dans une nouvelle super-structure, dont l’efficacité dépend désormais moins de sa taille que de sa capacité réelle à améliorer l’accès aux soins. »
Où se perd la responsabilité quand l’accès aux soins échoue ?
Un système à responsabilités multiples… donc à responsabilité diluée
La réforme ayant mené à la création de Santé Québec devait clarifier la chaîne décisionnelle.
Dans les faits, elle a surtout redistribué les responsabilités sans les rendre juridiquement opposables.
Résultat :
👉 quand l’accès aux soins échoue, tout le monde est responsable… donc personne ne l’est vraiment.
1. Le ministre : responsable politiquement, mais pas opérationnellement
Le ministre de la Santé :
- fixe les grandes orientations ;
- détermine les priorités nationales ;
- alloue les budgets globaux.
Mais il peut désormais dire :
« L’opérationnel relève de Santé Québec. »
👉 En cas d’échec :
- la responsabilité est politique (discours, promesses),
- mais pas directement imputable sur le terrain.
2. Le MSSS : stratège sans levier direct
Le ministère :
- élabore les politiques ;
- définit les cadres normatifs ;
- fixe des cibles générales.
Mais :
- il ne gère plus les établissements ;
- il ne contrôle pas l’exécution quotidienne.
👉 Quand l’accès échoue :
- le MSSS invoque un problème d’implantation,
- sans être juridiquement responsable du résultat clinique.
3. Santé Québec : gestionnaire sans obligation clinique
Santé Québec :
- administre les établissements ;
- gère les ressources humaines ;
- contrôle les budgets ;
- impose les directives organisationnelles.
Mais :
- elle n’est pas légalement tenue de résultats cliniques précis ;
- elle est évaluée surtout sur des indicateurs de gestion.
👉 En cas d’échec :
Santé Québec peut démontrer qu’elle a :
- respecté les procédures ;
- suivi les orientations ;
- produit les redditions de comptes.
Sans avoir amélioré :
- l’accès réel ;
- les délais ;
- la continuité des soins.
4. Les directions régionales : exécutantes sans autonomie
Les directions régionales :
- appliquent les directives nationales ;
- coordonnent les établissements.
Mais :
- elles disposent de peu de marge décisionnelle ;
- elles ne contrôlent ni les budgets globaux, ni les règles de dotation.
👉 En cas d’échec :
- elles invoquent des contraintes imposées d’en haut ;
- elles deviennent des courroies de transmission, pas des décideurs.
5. Les établissements : responsables visibles, mais impuissants
Hôpitaux, CLSC, GMF et cliniques publiques :
- sont le point de contact avec les citoyens ;
- subissent la pression quotidienne.
Mais :
ils n’ont plus le contrôle sur :
- les effectifs ;
- les enveloppes budgétaires ;
- l’organisation globale des services.
👉 Quand un patient n’a pas accès à un médecin :
- c’est l’établissement qui reçoit la plainte ;
- mais ce n’est pas lui qui détient les leviers structurels.
6. Les professionnels : imputés sans pouvoir décisionnel
Médecins, infirmières, personnel soignant :
- sont évalués sur la performance individuelle ;
- absorbent la surcharge du système.
Mais :
ils ne décident pas :
- des ratios ;
- des horaires imposés ;
- des modèles d’organisation.
👉 Ils deviennent :
- la face visible de l’échec,
- sans être responsables des choix structurels.
Le cœur du problème : une chaîne sans point d’impact
Dans le modèle actuel :
- le politique décide sans gérer ;
- l’administratif gère sans obligation clinique ;
- le terrain subit sans pouvoir corriger.
👉 Il n’existe aucun niveau où l’échec de l’accès aux soins entraîne une conséquence directe et mesurable.
Schéma simplifié de la dilution de responsabilité
Ministre → MSSS → Santé Québec → Directions régionales → Établissements → Professionnels ↑ ↓ └────────────── responsabilité politique ─────────────── sans levier réel ──┘
👉 La responsabilité circule.
👉 L’imputabilité, elle, s’évapore.
Pourquoi c’est dangereux pour les citoyens
Un système sans responsabilité claire :
- tolère les délais chroniques ;
- normalise l’absence de médecin ;
- transforme l’exception en norme.
Et surtout :
👉 il ne corrige jamais ce qui ne coûte rien à échouer.
Ce que toute réforme sérieuse devrait imposer
Pour que la responsabilité cesse de se perdre :
1. Un responsable clairement identifié de l’accès aux soins
- avec mandat écrit ;
- avec cibles cliniques opposables.
2. Des conséquences réelles en cas d’échec
- budgétaires ;
- administratives ;
- de gouvernance.
3. Des indicateurs centrés sur les patients
- délais d’accès ;
- continuité ;
- prise en charge réelle.
« Un système de santé où personne n’est clairement responsable de l’accès aux soins est un système conçu pour tolérer l’échec. »
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Notre demande est simple et légitime :
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- 👉 des services équitables pour tous, sans passe-droits
- 👉 une décentralisation intelligente
- 👉 de vraies alternatives fonctionnelles aux urgences et au GAP
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Assez des solutions improvisées.
Assez des systèmes mis en place à la hâte, sans cadre, sans suivi, sans résultats.
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