Article 2 – La montée de la dépendance aux médicaments
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Article 2 – La montée de la dépendance aux médicaments

Dans la première partie de cette série, j’ai montré comment les choix politiques des années 1990 ont affaibli le système de santé québécois et déplacé l’attention des soins directs vers la simple réduction des dépenses. Pourtant, le vrai problème dépasse largement l’argent : il est aussi culturel et structurel.

En effet, aujourd’hui, je constate que pour beaucoup, recevoir une pilule est devenu le symbole même du “vrai soin”.

Dans cet article, je vais expliquer comment cette dépendance s’est installée, non seulement dans les pratiques médicales, mais aussi dans les perceptions des patients et du public, et pourquoi elle continue de perdurer malgré les efforts de sensibilisation.

🩺 1 — La pilule comme preuve de compétence

Avec la RAMQ qui couvre plus de 8 000 médicaments pour tous les résidents admissibles, la prescription devient rapidement le pivot du parcours de soins. Autrement dit, prescrire un médicament est devenu le geste standard et attendu.

Cette couverture massive incite les médecins à prescrire facilement et donne aux patients l’impression que presque chaque ordonnance est légitime et fiable.

En conséquence, prescrire un médicament apparaît comme un service concret, alors que d’autres aspects essentiels du soin—conseils, prévention, suivi—restent souvent invisibles.

➡️ Pour une grande partie du public, “recevoir une ordonnance” équivaut à “avoir été soigné”.

🤝 2 — Sans pilule, pas de soin

Lorsque la consultation ne débouche pas sur une prescription, de nombreux patients se sentent délaissés ou doutent de l’expertise du professionnel. Plusieurs facteurs expliquent cette perception :

Culture médicale et habitudes

La fréquence des prescriptions pour des affections courantes (maux de tête, troubles digestifs, douleurs articulaires) a progressivement normalisé l’idée que chaque problème de santé “mérite” une pilule.

De plus, les soins préventifs, les conseils sur le mode de vie ou l’éducation du patient manquent de visibilité et n’ont pas le même impact immédiat qu’une prescription. Ainsi, ils passent souvent inaperçus aux yeux du patient.

Absence de critères alternatifs visibles

Par ailleurs, les patients voient rarement les interventions sans ordonnance—comme :

  • les conseils nutritionnels,
  • l’activité physique guidée,
  • le soutien psychologique

—comme de véritables preuves de soins. Par conséquent, beaucoup continuent d’associer la “qualité” d’un médecin à sa propension à prescrire.

💊 3 — Polypharmacie et dépendance structurelle

Cette situation est particulièrement visible chez les aînés : la proportion de personnes de 65 ans et plus prenant au moins 10 médicaments par an a bondi de 26 % à 38 % entre 2000 et 2016, ce qui reflète une polypharmacie croissante.

Or, cette tendance ne s’explique pas uniquement par le vieillissement :

  • Les maladies chroniques nécessitent souvent plusieurs prescriptions simultanées.
  • De plus, le réseau québécois ne prévoit pas de revue systématique et obligatoire des prescriptions pour réduire les médicaments non nécessaires, contrairement à certains autres systèmes qui suivent de près les données de prescription.

En conséquence, la polypharmacie augmente les risques d’interactions, d’effets indésirables, de confusion thérapeutique et de coûts inutiles, mais elle s’est imposée comme une norme dans le parcours de santé au Québec.

📈 4 — Le médicament au cœur de la culture santé

La dépendance culturelle aux médicaments n’est pas unique au Québec, mais elle y est amplifiée par le modèle de financement instauré dans les années 90 :

  • Tout prescripteur sait que sa prescription sera financée et accessible.
  • Les patients savent que quasi tout problème de santé peut être compensé par un médicament couvert par la RAMQ ou une assurance privée.

Ainsi, cette structure a créé une symbiose entre pratique médicale et consommation de médicaments : en d’autres termes, la pilule est devenue un outil à la fois systémique et culturel.

🧠 5 — Pourquoi la dépendance persiste

Même avec les campagnes de prévention, la perception “soin = prescription” persiste pour plusieurs raisons :

  • Le système favorise encore les rendez-vous rapides et les prescriptions visibles, alors que le suivi long et discret qui transforme réellement la santé (conseils de vie, soutien psychologique) reste marginal.
  • Beaucoup pensent qu’un vrai soin passe par un médicament ou une technologie, parce que c’est ce qu’ils connaissent et comprennent comme “prise en charge”.
  • Comme l’efficacité des solutions sans pilule n’est pas toujours visible, ils continuent de croire que le médicament reste la réponse la plus sûre.


📌 Ce que vous découvrirez dans les 5 articles de cette série


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Sources

Santé Canada – Page officielle sur l’utilisation appropriée des médicaments au Canada, incluant des données sur les ordonnances, les tendances et les initiatives pour une meilleure prescription
Statistique Canada – Données sur la polypharmacie (médicaments sur ordonnance et sans ordonnance) chez les adultes canadiens, montrant que la consommation simultanée de plusieurs médicaments est répandue dans la population adulte
Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) – Données de l’Enquête québécoise sur la santé de la population sur la consommation de médicaments **non prescrits**, y compris opioïdes et autres substances, chez les Québécois de 15 ans et plus
Statistique Canada – Consommation de médicaments sur ordonnance chez les jeunes et enfants canadiens, montrant que l’usage de médicaments prescrits touche également les jeunes populations
Portrait de la consommation de médicaments chez les personnes âgées au Québec — Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)
Usage des médicaments et polypharmacie chez les personnes âgées — Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)
Utilisation des médicaments sur ordonnance chez les adultes au Canada — Statistique Canada
Utilisation des médicaments — Institut canadien d’information sur la santé (ICIS / CIHI)


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Cette démarche est née d’un vécu profondément marquant. Se retrouver sans médecin de famille, dans l’incertitude et l’inquiétude, laisse des traces. Comme plusieurs, je ressens l’abandon, l’impuissance et la peur de ne pas être prise en charge quand ça compte vraiment. Aujourd’hui, je m’engage à faire entendre la voix de celles et ceux qui vivent cette réalité (incluant moi-même), à briser le silence et à pousser pour un système de santé Québécois plus humain, plus juste et plus respectueux de la dignité de chacun.

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