Capitation ou illusion ? La réalité mathématique de l’accès aux soins
On répète souvent que le problème du système de santé québécois est un « manque de médecins ».
Les chiffres bruts semblent pourtant raconter une autre histoire.
Prenons-les au sérieux. Faisons le calcul. Puis regardons ce qu’il signifie dans la vraie vie.
📊 Les chiffres de départ
Population du Québec : environ 8,2 millions d’habitants
Nombre de médecins de famille : 10 675
👉 Moyenne théorique :
8 200 000 ÷ 10 675 = ~768 patients par médecin
À première vue, ce chiffre paraît raisonnable.
Même confortable, si on le compare aux standards habituellement évoqués.
🧾 Les ratios officiellement recommandés
Dans les documents, rapports et discours institutionnels, on évoque généralement :
1 200 à 1 500 patients par médecin de famille
À condition que le médecin :
- travaille à temps plein
- assure un suivi longitudinal
- soit soutenu par une équipe interdisciplinaire fonctionnelle
👉 Comparaison directe :
| Indicateur | Nombre |
|---|---|
| Moyenne théorique au Québec | 768 patients |
| Ratio recommandé | 1 200 à 1 500 patients |
Sur papier, le Québec ne devrait donc pas être en crise.
Et pourtant, des millions de citoyens sont sans médecin de famille.
Pourquoi ?
⚠️ Le piège de la moyenne
La moyenne de 768 patients ne reflète pas la réalité du terrain.
Elle inclut :
- des médecins à temps partiel
- des médecins en administration, enseignement ou gestion
- des pratiques sans suivi longitudinal
- des départs progressifs vers la retraite
- une explosion de la complexité médicale (vieillissement, maladies chroniques, santé mentale)
👉 Résultat :
la capacité réelle de suivi est bien inférieure à ce que suggèrent les chiffres.
Mais allons encore plus loin.
⏱️ Traduction en temps réel par patient (là où ça devient choquant)
Prenons un scénario optimiste.
Hypothèses de travail
- 46 semaines travaillées par an
- 5 jours par semaine
- 8 heures par jour
➡️ ≈ 1 840 heures de travail par année
🧍♀️🧍♂️ Scénario 1 : 768 patients par médecin
1 840 h ÷ 768 patients
➡️ ≈ 2,4 heures par patient par année
👉 Ces 2 h 24 incluent :
- consultations
- suivis
- renouvellements
- résultats d’examens
- coordination avec d’autres professionnels
- paperasse administrative
Deux heures et demie… pour une année entière de santé.
🧍♀️🧍♂️ Scénario 2 : 1 500 patients (ratio “normal”)
1 840 h ÷ 1 500 patients
➡️ ≈ 1,2 heure par patient par année
👉 En clair :
- 60 à 75 minutes par an
- soit 2 à 3 rendez-vous très courts
- ou un seul vrai problème traité en profondeur
💥 C’est mathématiquement incompatible avec un suivi humain, préventif et continu.
🧠 Ce que les chiffres révèlent vraiment
Le problème n’est pas seulement le nombre de médecins.
C’est un système qui :
- transforme les médecins en gestionnaires de flux
- fragmente les soins
- pousse les patients vers l’urgence
- décourage le suivi préventif
- rend l’accès dépendant de la chance, de la débrouillardise ou de l’épuisement
👉 Même avec des médecins compétents et engagés, le modèle actuel ne permet pas de répondre aux besoins réels de la population.
🎯 Conclusion : une crise structurelle, pas individuelle
Blâmer les médecins est une erreur.
Blâmer les patients en est une autre.
Les chiffres démontrent une chose simple :
Le système est conçu de manière à rendre l’accès aux soins insuffisant, même quand les effectifs semblent adéquats.
Tant que cette réalité mathématique ne sera pas reconnue,
les files d’attente, les médecins introuvables et les soins tardifs continueront d’être présentés comme des anomalies…
alors qu’ils sont le résultat logique du modèle actuel.
🛠️ Vers une solution idéale : repenser l’accès aux soins à partir de la réalité
Si l’on accepte enfin les mathématiques — et non les slogans — une solution idéale ne peut pas se limiter à « former plus de médecins » ou à « optimiser l’existant ».
Une solution viable doit partir d’un principe simple :
Un médecin ne peut pas, humainement et durablement, assurer un suivi de qualité à plus de quelques centaines de patients complexes.
🎯 Principe no 1 : définir une charge patient réaliste
Une pratique humaine, préventive et efficace implique :
- du temps pour écouter
- du temps pour prévenir plutôt que réparer
- du temps pour coordonner les soins
- du temps pour suivre les cas chroniques et la santé mentale
👉 Dans un monde réaliste :
400 à 600 patients par médecin
et non 1 200 à 1 500.
Ce ratio permettrait :
- de vrais suivis longitudinaux
- des consultations non expédiées
- une prévention active
- une diminution réelle des urgences évitables
👥 Principe no 2 : une première ligne réellement interdisciplinaire
Une solution idéale ne repose pas sur le médecin seul.
Elle repose sur une équipe où :
- les infirmières praticiennes suivent de façon autonome une partie des patients
- les infirmières cliniciennes assurent le suivi régulier
- les pharmaciens gèrent les ajustements médicamenteux
- les travailleurs sociaux et psychologues prennent en charge les enjeux psychosociaux
👉 Le médecin devient alors :
- un expert clinique de deuxième ligne
- un décideur pour les cas complexes
- un coordonnateur médical, pas un goulot d’étranglement
⏳ Principe no 3 : rémunérer le temps, pas le volume
Tant que le système récompensera :
- le nombre d’actes
- la rapidité
- le débit de patients
👉 Il découragera :
- l’écoute
- la prévention
- le suivi à long terme
Une solution idéale implique :
- une rémunération basée sur le temps réel consacré aux patients
- la reconnaissance du travail invisible (coordination, lecture, suivi)
- des incitatifs clairs pour la prévention et la stabilité des patients
📋 Principe no 4 : sortir les patients de la loterie
L’accès à un médecin de famille ne devrait pas dépendre :
- de l’endroit où l’on habite
- de sa capacité à naviguer le système
- de sa persévérance à rappeler
- de son état de santé déjà détérioré
👉 Une solution idéale repose sur :
- une inscription automatique et transparente
- des critères cliniques clairs
- une priorisation assumée et expliquée
- une reddition de comptes publique
🧩 Principe no 5 : reconnaître la limite du système actuel
La condition essentielle à toute solution :
admettre que le modèle actuel ne fonctionne pas.
Tant qu’on tentera :
- d’étirer les médecins au-delà du raisonnable
- de masquer la pénurie réelle de temps médical
- de normaliser l’absence de suivi
👉 Les résultats resteront les mêmes.
🧭 En résumé
Une solution idéale n’est pas radicale.
Elle est rationnelle.
Elle exige :
- moins de patients par médecin
- plus de temps par patient
- de vraies équipes de soins
- une rémunération alignée sur la qualité
- un accès équitable, planifié et assumé
Ce n’est pas une question de volonté individuelle.
C’est une question de conception du système.
Et tant que cette conception ne changera pas,
les citoyens continueront d’entendre qu’« il n’y a pas assez de médecins »…
alors que le véritable déficit est ailleurs :
dans le temps, la structure et les choix collectifs.
💰 Et avec la capitation ? Une opportunité… ou un piège de plus
Le passage vers un mode de rémunération par capitation est souvent présenté comme une solution moderne aux problèmes de la première ligne.
En théorie, l’idée est simple :
Le médecin est rémunéré en fonction du nombre de patients inscrits, et non du nombre d’actes posés.
Sur papier, cela semble favoriser :
- le suivi longitudinal
- la prévention
- la stabilité de la relation médecin-patient
Mais tout dépend d’une variable centrale :
combien de patients par médecin… et avec quelles obligations réelles.
⚖️ Capitation + ratios irréalistes = illusion de solution
Si la capitation est appliquée avec :
- 1 200 à 1 500 patients par médecin
- sans réduction réelle de la charge clinique
- sans équipes pleinement fonctionnelles
👉 alors le problème ne disparaît pas.
Il change simplement de forme.
Le risque est clair :
- des patients inscrits… mais peu vus
- un accès formel sans accès réel
- un suivi minimaliste pour « tenir le volume »
- une pression accrue pour gérer des listes toujours plus longues
👉 La capitation devient alors un outil de gestion statistique,
pas une amélioration de l’accès aux soins.
✅ Capitation bien conçue : ce que ça pourrait réellement changer
Utilisée correctement, la capitation peut toutefois devenir un levier puissant.
À condition de respecter certaines balises essentielles :
1️⃣ Une capitation ajustée à la complexité
Tous les patients ne demandent pas le même temps médical.
Une capitation efficace doit :
- pondérer selon l’âge
- tenir compte des maladies chroniques
- inclure la santé mentale
- reconnaître la vulnérabilité sociale
👉 Sans cette pondération,
le système incite indirectement à éviter les patients complexes.
2️⃣ Des plafonds d’inscription réalistes
La capitation ne peut fonctionner que si :
le nombre maximal de patients est limité à une charge humainement soutenable.
👉 Une capitation alignée sur une pratique saine impliquerait :
- 400 à 600 patients complexes
- ou un équivalent ajusté selon la composition de la clientèle
Au-delà de ce seuil,
on ne parle plus de suivi… mais de gestion de masse.
3️⃣ Une obligation d’accès réelle et mesurable
Inscrire des patients ne suffit pas.
Une capitation crédible doit s’accompagner :
- d’indicateurs d’accès concrets
- de délais maximaux de rendez-vous
- de suivis préventifs documentés
- d’une reddition de comptes transparente
👉 Sinon, le citoyen est officiellement pris en charge…
mais pratiquement seul.
4️⃣ Une reconnaissance explicite du travail d’équipe
La capitation ne doit pas être :
- centrée uniquement sur le médecin
- utilisée pour compenser un manque de ressources autour
Elle doit financer :
- des infirmières dédiées
- des pharmaciens intégrés
- des professionnels en santé mentale
- du temps de coordination réel
👉 Sans cela, le médecin reste le point de congestion du système.
🚨 Le point aveugle actuel
Le danger principal du virage vers la capitation est le suivant :
confondre inscription administrative et accès réel aux soins.
Un citoyen peut :
- être officiellement inscrit
- ne pas réussir à obtenir de rendez-vous
- finir quand même à l’urgence
👉 Dans ce cas, la capitation améliore les statistiques,
mais pas la santé de la population.
🧭 Conclusion : la capitation n’est ni bonne ni mauvaise
La capitation n’est pas une solution magique.
Mais elle peut devenir une partie de la solution.
À une condition fondamentale :
qu’elle reconnaisse la réalité mathématique du temps médical.
Sans plafonds réalistes, sans équipes solides et sans obligations d’accès mesurables,
la capitation risque de :
- masquer la pénurie réelle de temps
- institutionnaliser l’accès limité
- normaliser le suivi minimal
Utilisée avec courage et lucidité, en revanche, elle pourrait :
- redonner du temps aux médecins
- sécuriser les patients
- réduire la pression sur les urgences
- ramener la première ligne à sa mission première : soigner, prévenir, accompagner
Le choix n’est donc pas technique.
Il est politique et structurel.
Et tant que cette réalité ne sera pas assumée,
les chiffres continueront d’être utilisés pour rassurer…
alors qu’ils devraient servir à transformer.
🌟 Conclusion : un accès équitable aux soins, c’est possible
Dans un monde idéal, tous les citoyens du Québec pourraient avoir un médecin de famille si le système reconnaissait enfin la réalité mathématique du temps médical, et si les réformes comme la capitation étaient utilisées à bon escient.
Concrètement, cela signifie :
- Des plafonds de patients réalistes par médecin, adaptés à la complexité de chaque patient
- Des équipes interprofessionnelles solides : infirmières praticiennes, pharmaciens, travailleurs sociaux et psychologues pour partager la charge
- Une rémunération alignée sur le temps et la qualité, pas seulement sur le nombre d’actes ou de patients inscrits
- Une inscription automatique et transparente pour tous les patients, avec un accès réel aux soins
- Des indicateurs d’accès et de suivi mesurables pour s’assurer que le système fonctionne pour la population, et pas seulement sur le papier
👉 Avec ces conditions, la première ligne pourrait redevenir humaine, préventive et continue. Les médecins pourraient exercer sereinement, et chaque citoyen aurait un suivi médical réel et durable. La crise actuelle n’est pas une fatalité : elle est le résultat de choix structurels et politiques qui peuvent être corrigés.
En résumé : un Québec où chacun a son médecin de famille n’est pas un rêve utopique, mais une possibilité mathématiquement et humainement réaliste… à condition de repenser le système en profondeur.
👉 Oui, chaque Québécois peut avoir un médecin de famille.
👉 Mais non, pas sans changer la structure.
La crise actuelle n’est pas due :
- à un manque de compétence
- à une paresse des médecins
- à des patients trop exigeants
💥 Elle est due à un modèle mathématiquement intenable, qui :
- promet plus qu’il ne peut livrer
- affiche des ratios irréalistes
- et normalise l’absence de suivi
🧠 En une phrase (forte, réutilisable partout)
Ce n’est pas le nombre de médecins qui manque au Québec,
c’est un système capable de transformer leur temps en soins réels.
Le vrai problème : le Québec n’a jamais voulu bâtir un vrai système de première ligne
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