A Propos / Mon Histoire
Mon histoire. La nôtre.
Voici mon histoire.
Et, malheureusement, celle de milliers d’autres.
Celle des orphelins sans médecin de famille du système de santé québécois.
Tourner en rond, encore et encore
Avant 2018, année que j’ai perdue mon médecin de famille, j’étais dans la gang
« Yééé j’ai un médecin de famille ».
Après 2018, j’ai changé de gang et je suis devenue Orpheline de médecin de famille.
Le Québec est clairement divisé en 2 gang. Les chanceux et les pas chanceux. Les pas chanceux, à ce jour, 1 sur 4 Québécois.
« Bof, que je me disait, pas si grave que cela, je ne suis jamais malade. Et au pire, il y a le GAP, les urgences, le pharmacien, etc …»
Ils (le gouvernement, L’État, … ne peuvent pas nous abandonné comme çà)
On ne voit jamais le même médecin, il ne nous connaît pas, mais bon …c’est mieux que rien (en théorie, car à cette époque je n’ai pas eu besoin de rendez-vous, en tant que tel, mais j’ai été à l’urgence 2 fois. Et pour ces 2 fois pas vraiment besoin d’un suivi
1) J’étais tomber de l’escabeau (2019) et une méchante bosse en arrière de la tête.
2) J’étais tomber sur la table du salon en bois massif (2021) « Syncope » diagnostic commotion, plan de repos et on m’explique quoi faire et ne pas faire. On m’avait envoyé passer quelques test (cœur et autres) mais on m’avait spécifié que si tout était beau je n’aurais pas de retour.
Après 2 mois, sans retour, j’ai présumé que tout était beau. Mais j’avais tout de même un sentiment d’être abandonné, j’aurais aimé un appel pour me dire que tout était beau et avoir, de ce fait, la confirmation que mes résultats avaient bel et bien été vue.
S’ensuit le cancer en avril 2023, prise en charge par les gynéco-oncologues.
Tout va bien, côté médecins spécialistes et suivis.
Fin des traitements en septembre 2023, fin de prise en charge des effets secondaires à long terme et le calvaire commence.
À noter que mes autres bobos ne sont pas pris en charge par cette équipe.
Je suis en plein dedans. J’avais entendu les gens en parler, leur découragement, leur anxiété, leur douleur physique et mentale devant ce méli-mélo d’incompréhension, d’appel interminable sans obtenir de rendez-vous, …..
J’y étais.
À cette période, j’ai reçu « la lettre comme quoi j’étais « prise en charge par un Groupe de médecin », mais que je devais passer par le GAP pour obtenir un rendez-vous.
« Prise en charge » qui nous pouvons le constater ci-bas, n’a rien changer à ma vie. À ce jour, au moment que j’écris ses lignes, le 21 décembre 2025, je n’ai encore vue aucun médecin de ce GROUPE DE MÉDECIN « non pas faute d’avoir essayé ».
Ne pas avoir de médecin de famille, ce n’est pas un simple désagrément administratif.
C’est une réalité quotidienne faite de détours, de délais, d’épuisement… et d’abandon.
Appeler au GAP, qu’ils disent (Guichet d’accès à la première ligne).
En théorie, il est là (le GAP) pour nous référer à un médecin.
En pratique, c’est un parcours du combattant.
Dès le départ, on nous rappelle une règle essentielle — répétée au moins trois fois, par téléphone ou en ligne — :
👉 un seul problème par rendez-vous.
Comme si la douleur, elle, savait se compartimenter.
Avant même d’espérer voir un médecin, je dois remplir un long questionnaire.
Puis, dans les 24 à 48 heures, une infirmière du GAP me rappelle… pour me poser exactement les mêmes questions auxquelles j’ai déjà répondu.
Et là, la conclusion tombe :
« Aucune disponibilité avec un médecin généraliste pour ce type de problème. »
On m’offre alors de discuter, pour voir si elle peut m’aider autrement, « dans la mesure de ses capacités ».
Je demande si les notes prises serviront à un suivi, à un éventuel rappel, à un rendez-vous futur.
La réponse est claire :
« Non. Vous devrez rappeler au GAP et raconter votre histoire à nouveau.
Ou aller à l’urgence. »
L’urgence, ou l’impasse
Je finis donc par me rendre à l’urgence.
Après 14 heures d’attente, je suis reçue — sans exagérer — comme un chien dans un jeu de quilles.
Examen sommaire. Diagnostic expéditif.
On me dit :
« Je vais prescrire une radiographie de l’appendice. »
Je suis surprise. Ma douleur est dans l’aine droite, elle irradie vers la cuisse.
Je questionne, car l’appendice est 8 pouce plus haut que ma douleur initiale et que je n’ai aucune douleur du côté droit de l’abdomen.
Réponse :
« Ça peut être ça. »
Je repars chez moi, bredouille, avec ma douleur intacte (douleur qui soit dit en passant dure depuis des jours et pas une petite douleur).
Écœurée. Découragée. Fatiguée. Brûlée.
Je m’en retourne chez moi.
Mon esprit est tellement brouillé par tout ceci, l’attente, la douleur, la fatigue, …. Je ne comprends pas trop, ce qui ce passe.
Mais bref …. Je sais déjà que : Je n’irai même pas passer cette radiographie, que je juge inutile.
Quand on me téléphone pour me donner le rendez-vous, je questionne, à savoir si la radio va être pour l’aine et la cuisse, on me répond que « Non », le médecin à demander appendice, ils font l’appendice seulement. Je réponds simplement :
« Je vais laisser ma place à quelqu’un d’autre. »
Recommencer. Encore.
Je rappel au GAP, espérant cette fois voir un médecin qui pourrait m’orienter vers les bons examens.
Même scénario.
« Aucune disponibilité avec un médecin généraliste pour ce type de problème. »
On me suggère de retenter ma chance, de soumettre une nouvelle demande dès que je raccroche, au cas où un rendez-vous se libérerait.
Alors je recommence :
- je rappelle,
- je remplis le formulaire,
- je réponds aux questions,
- on me rappelle dans 24 à 48 heures,
- je raconte mon histoire à nouveau,
- pour me faire dire…
👉 qu’il n’y a toujours aucune disponibilité.
Et on me suggère de rappeler un autre jour.
De remplir encore le formulaire.
Et d’attendre encore 24 à 48 heures.
Et de répéter encore mon histoire.
Un cercle sans fin.
Quand tout le monde se renvoie la balle
Je vis avec des douleurs chroniques, conséquences de traitements lourds : chimiothérapie et radiothérapie depuis 2023. Cancer dans le bas du corps stade IV (plus précisément Cancer de la Vulve).
Pendant les traitements, les effets secondaires sont pris en charge par l’équipe oncologie, fort heureusement.
Mais le calvaire commence une fois les traitements terminés, les effets à long terme ne sont plus « leur responsabilité ».
On me dit :
👉 C’est au médecin de famille de prendre le relais.
Lors de mes suivis en oncologie, on fait le suivi… du cancer.
Quelques fois, on me prescrit un anti-douleur, mais si cela ne fonctionne pas, je dois attendre le prochain suivi, dans 6 mois, pour en faire part. Il me reste 2 suivis aux 6 mois, ensuite ils seront annuels.
Pour le reste, on me renvoie vers le GAP.
Mais au GAP, on me dit que les douleurs chroniques demandent une prise en charge et un suivi, ce qu’ils ne peuvent pas offrir.
Alors on me dirige vers… l’urgence.
À l’urgence, il n’y a ni suivi, ni prise en charge à long terme.
Au GAP, c’est du IN / OUT.
Un problème à la fois.
Sans suivi.
Sinon, on ne prend pas.
Des douleurs… et des angles morts
Mes douleurs vont de l’aine à la mi-cuisse et longe jusqu’au genou droit.
Depuis 2023. En 2023 je pouvais marcher 1 à 1,5 km avant que la douleur devienne insupportable. Aujourd’hui, elle se déclenche à moins 700 mètres.
Dernièrement, j’ai développer une douleur de type neurologique/neuropathique au niveau du coccyx. J’ai des « crise aiguë » qui dure jusqu’à 10 jours de différentes intensité, de 1 à 2 fois par mois. Certains fois, ce sont des petites crises de 24 à 48 hrs. Mais impossible de mettre quoi que ce soi là-dessus (bref, je ne peux pas m’habiller) que la crise soit passagère ou intense.
Sur leur fameuse échelle de 1 à 10 … j’atteint le 12.
Lors de mes suivis cancer, on me fait des TEP scans jusqu’à la mi-cuisse.
D’autres examens vont jusqu’au sacrum.
Juste assez pour éviter précisément les zones où j’ai mal. Car mes douleurs ne sont pas dans la fameuse zone « Cancer à surveiller ».
Ce que ce recours n’est PAS
Mon témoignage n’est pas une attaque contre :
- les médecins spécialistes,
- les urgentologues,
- ni les examens en soi.
Les oncologues m’ont sauvé la vie.
Je leur en serai éternellement reconnaissante.
Je comprends parfaitement qu’ils ne puissent pas assurer des suivis à long terme pour autre chose que le cancer. Leur rôle est clair, essentiel, et déjà lourd : ils ont d’autres vies à sauver, d’autres cancers à traiter.
Le problème n’est pas là.
Le problème, c’est le vide qui s’installe après.
L’obligation de l’État du Québec
Oui, c’est au système.
Oui, c’est à l’État.
C’est à l’État de s’assurer que le GAP joue réellement son rôle :
un point d’accès… pas un cul-de-sac.
Un mécanisme qui oriente, qui coordonne, qui assure une continuité minimale des soins.
Pas un système où l’on efface les dossiers, où l’on recommence à zéro à chaque appel, où chaque professionnel repart de rien comme si l’histoire précédente n’existait pas.
Ce n’est pas normal qu’une personne sans médecin de famille soit forcée de choisir entre :
- endurer la douleur,
- saturer les urgences pour des problèmes non urgents,
- ou se battre sans cesse pour répéter, expliquer, justifier.
Ce n’est pas normal que les douleurs chroniques n’aient aucune porte d’entrée réelle dans le réseau public lorsqu’on n’a pas de médecin de famille.
Ce n’est pas normal que la fin des traitements marque aussi la fin de la prise en charge globale de la personne.
On ne cesse pas d’exister parce que le cancer est traité.
On ne cesse pas d’avoir besoin de soins parce qu’un dossier est fermé.
Je/Nous ne demandons pas des privilèges.
Je/Nous demandons une continuité.
Un minimum de logique.
Un minimum d’humanité.
« Et ce, qu’on ait survécu à un cancer ou non. »
👉 Parce que l’accès à des soins de base ne devrait pas dépendre d’un diagnostic précis,
ni du fait d’avoir été « assez malade » au bon moment.
👉 Parce que la douleur est réelle,
qu’elle soit aiguë, chronique, visible ou invisible.
👉 Parce qu’une personne sans médecin de famille reste une personne.
Avec un corps.
Avec des limites.
Avec une histoire.
Le système ne peut pas fonctionner uniquement en mode urgence.
On ne peut pas attendre que la situation dégénère pour intervenir.
Prévenir, suivre, accompagner…
ce ne sont pas des luxes.
Ce sont des fondements.
Aujourd’hui, trop de citoyens se retrouvent coincés entre des portes qui ne s’ouvrent pas :
le GAP qui ne peut pas suivre,
l’urgence qui ne peut pas prendre en charge,
les spécialistes qui ne peuvent pas sortir de leur mandat.
Et au milieu, il y a nous.
À répéter notre histoire.
À attendre.
À souffrir.
À nous épuiser.
Ce témoignage n’est pas un cri contre les soignants.
C’est un appel au système.
Un appel à reconnaître que l’absence de médecin de famille n’est pas un simple inconfort,
mais une faille structurelle qui a des conséquences bien réelles sur la santé physique, mentale et humaine.
Je/Nous ne demandons pas l’impossible.
Je/Nous demandons que personne ne soit laissé seul dans une boucle sans fin
où la seule issue proposée est :
« Rappelez demain… ou allez à l’urgence. »
Parce qu’une société qui se veut humaine
ne peut pas accepter
que des milliers de citoyens deviennent
les orphelins abandonné(e)s de son propre système de santé.
Parce qu’un système de santé ne devrait pas seulement sauver des vies.
Il devrait aussi permettre à ceux et celles qu’il a sauvés… de vivre avec dignité après.
Car une chose est claire :
👉 si j’avais un médecin de famille, le problème serait réglé.
Les bons examens seraient demandés.
Au bon endroit.
Avec un suivi.
Avec une continuité.
Avec une réelle prise en charge.
Je vivrais une réalité normale.
Comme ceux et celles qui ont un médecin de famille.
Mais ce n’est pas ma réalité, ce n’est pas notre réalité.
La nôtre, c’est celle d’un hamster qui tourne dans sa roue sans jamais avancer nulle part.
On nous dit : Appelez au GAP.
Je l’ai fait.
Tous les trois jours, pendant trois semaines.
À chaque fois : formulaire, questions, rappel, espoir… puis refus.
Un jour, on me dit même :
« Vous ne devriez plus appeler. »
Je demande :
— Ok. Mais je fais quoi ?
— Allez à l’urgence.
— Mais ce n’est pas urgent, c’est chronique. Je vais attendre des heures pour me faire dire de vous rappeler.
— Désolée, je ne peux rien faire. Allez à l’urgence.
J’allais oublier le pharmacien, allez voir votre pharmacien, il peut prescrire qu’il dise.
J’y suis allé, pour qu’il me dise :
« Çà prend un rendez-vous avec votre médecin. »
Nous sommes nombreux. Et épuisés.
C’est mon calvaire.
Et celui de bien d’autres.
— Nous le vivons à des degrés différents — avec plus ou moins de douleur physique —
mais mentalement, l’impact est le même:
fatigue, découragement, sentiment d’être invisible.
Nous sommes
Les Orphelins Abandonnés du Système de Santé Québécois.
Et nos histoires méritent d’être entendues.
L’espoir, l’espoir, l’espoir, on le vit à chaque fois qu’un Gouvernement est élu, pleins de belles promesses, « Tous les Québécois auront un médecin de famille d’ici …».
On en parle aux nouvelles régulièrement, pour faire garder l’espoir, on le lit dans les journaux, on nous le répète et répète encore et encore.
Le 5 mai 2025, j’ai vu une lumière au bout du tunnel. Le Premier Ministre Monsieur François Legault annonce haut et fort « On ne reculera pas ».
L’espoir, enfin. J’écoute les nouvelles, les démarches, je lis les journaux, ect …Je vois enfin ma vie changer.
Et boum !! Le 11 décembre 2025. Entente conclut. Dossier clos. Le tunnel s’effondre sur moi.
Je suis, comme 1,5 millions de Québécois relégué aux oubliettes. Peut-être 500 000 chanceux seront pris « sur une base volontaire », donc rien de sûr.
Mais ce qui est sûr est que ce n’est pas demain la veille que je vais franchir la porte d’un médecin de famille et que mon calvaire va continuer, encore et encore, comme bien d’autres, nous Les Orphelins Abandonné(e)s du Système de Santé Québécois.