Article 4 – Comparatif financier : Médicament vs Soins
La crise du système de santé québécois dépasse largement le cadre humain ou culturel : elle se traduit surtout en chiffres et en dollars.
En effet, alors que le budget consacré aux médicaments continue de croître, d’autres secteurs essentiels — comme les soins directs, le suivi ou la prévention — subissent des sous-financements chroniques. Ce déséquilibre n’est pas anodin : il profite au privé, affaiblit le système public et réduit la capacité globale du réseau à répondre efficacement aux besoins de la population.
📊 1 — Le coût actuel des médicaments au Québec
D’après les Comptes de la santé et des services sociaux du Québec, le régime public d’assurance médicaments a absorbé près de 5,2 milliards de dollars en 2023‑2024, contributions du gouvernement et des assurés comprises. Autrement dit, une somme colossale circule chaque année pour la seule distribution de pilules.
- ~5,2 G$ / an : dépenses totales liées aux médicaments sur ordonnance.
- Environ 3,9 millions de Québécois bénéficient de cette couverture.
- Les personnes âgées constituent une part significative des coûts, atteignant parfois plus de 60 % des prestations versées.
💡 Même si ces chiffres semblent abstraits, ils représentent une portion majeure du budget global de la santé.
👉 De plus, à l’échelle canadienne, les dépenses totales en médicaments (public + privé) atteignent environ 16 % des dépenses de santé, et cette proportion ne cesse d’augmenter.
🏥 2 — Où irait l’argent si ce n’était pas englouti par les médicaments ?
Pour mesurer l’impact réel de ces 5 G$, il faut replacer cette somme dans un contexte concret :
🧑⚕️ Soins ambulatoires et suivi
Actuellement, les consultations médicales et infirmières praticiennes, ainsi que le suivi en première ligne, manquent de capacité, ce qui entraîne des listes d’attente et limite l’accès aux soins. En revanche, si une partie des fonds dédiés aux médicaments était redirigée vers ces services, le nombre de consultations, de suivis et de prévention augmenterait considérablement.
🏥 Soins hospitaliers et capacité structurelle
De surcroît, l’amélioration du nombre de lits, des services spécialisés et des unités de soins critiques requiert des investissements annuels de plusieurs milliards. Avec 5 G$ par an, le Québec pourrait créer ou moderniser des centaines de lits, développer de nouvelles équipes de soins ambulatoires et renforcer sa capacité hospitalière.
🛡️ Prévention et santé publique
Par ailleurs, une fraction de cette somme pourrait financer des programmes de prévention à grande échelle : campagnes nutritionnelles, activités physiques communautaires, sevrage tabagique, soutien psychosocial. Bien qu’ils ne procurent pas de résultats immédiats comme un médicament, ces programmes diminuent durablement la morbidité et réduisent les coûts futurs du système.
📌 3 — Comparaison chiffrée : médicaments vs soins potentiels
Concrètement, voici ce que représente ~5 G$ par an :
| Poste budgétaire | Montant annuel (approx.) | Ce que cela pourrait financer |
|---|---|---|
| Dépenses en médicaments (RAMQ) | ~5,2 G$ | Couverture de millions d’ordonnances pour 3,9 M personnes |
| Soins de première ligne (actuels manques) | — | Création de plusieurs centaines de nouvelles équipes de soins primaires |
| Soins hospitaliers | — | Modernisation de lits, unités de soins intensifs et d’urgences |
| Prévention et programmes communautaires | — | Déploiement à grande échelle avec réduction future des coûts |
👉 Ainsi, chaque dollar consacré aux médicaments pourrait financer directement les besoins en soins, tout en renforçant le réseau de santé.
💼 4 — Impact sur les hôpitaux et la résilience du système
Actuellement, les hôpitaux québécois subissent une pression constante : manque de personnel, lits insuffisants, urgences saturées et accès limité aux soins spécialisés. Dès lors, chaque investissement mal orienté fragilise davantage le système.
📍 Pourquoi est-ce crucial ? Parce que dépenser en médicaments sans stratégie globale n’augmente pas la capacité du système à traiter, accompagner ou prévenir efficacement la maladie.
Au contraire, investir dans les soins directs — personnel, équipes, infrastructures — renforce la résilience face aux défis futurs, qu’il s’agisse du vieillissement de la population, de nouvelles maladies ou de pandémies.
📌 Selon le CIHI (Institut canadien d’information sur la santé), les dépenses en médicaments représentent l’un des postes de croissance les plus rapides, accentuant la pression sur la gestion budgétaire.
📉 5 — Privé vs Public : un choix budgétaire historique
L’analyse budgétaire révèle une tendance nette :
- ✔️ Le financement public des médicaments reste garanti, assurant le remboursement des prescriptions et rendant le marché extrêmement attractif pour le privé.
- ✔️ Les soins directs ne bénéficient pas du même soutien, malgré leurs besoins humains et infrastructurels considérables.
- ✔️ En maintenant des dépenses élevées en médicaments plutôt qu’en soins, le Québec favorise le secteur pharmaceutique privé et la prescription rapide, mais affaiblit le système public de soins directs.
🧠 Conclusion
Le constat financier s’impose : plus de 5 milliards de dollars sont investis annuellement dans les médicaments, ce qui représente une part importante des dépenses de santé.
Pourtant, ces sommes pourraient transformer le système : financer davantage d’équipes de soins primaires, élargir l’accès aux consultations spécialisées, moderniser les infrastructures hospitalières et développer des programmes de prévention efficaces.
👉 En choisissant d’allouer massivement les fonds aux médicaments plutôt qu’aux soins, le Québec instaure un modèle où le médicament domine, au profit du privé et au détriment du système public.
🔗 Dans le prochain article, nous détaillerons des solutions concrètes que l’État pourrait mettre en œuvre pour rééquilibrer les priorités, renforcer les soins directs et réduire la dépendance aux médicaments — des mesures essentielles pour reconstruire un système résilient et humain.
⚠️ Rappel important
La crise actuelle du système de santé au Québec n’est pas un accident.
Elle découle directement des choix politiques passés, notamment les décisions des années 1990 sous le gouvernement Bouchard, qui ont priorisé le déficit et limité les investissements en soins directs.
De plus, les choix politiques présents continuent de favoriser le financement des médicaments au détriment de la prévention et des soins primaires, perpétuant ainsi un modèle où le médicament prime sur le soin.
En somme, chaque dollar dépensé reflète un arbitrage politique et budgétaire, et non une fatalité du système.
ℹ️ Ce n’est pas votre faute
Les difficultés actuelles du système de santé ne résultent pas d’un manque de vigilance ou de responsabilité des citoyens.
Depuis des décennies, les politiques publiques ont orienté les budgets vers les médicaments plutôt que vers les soins directs, la prévention ou le suivi personnalisé.
En conséquence, chaque liste d’attente, chaque accès limité aux soins primaires et chaque surcharge hospitalière est le reflet de décisions politiques, et non de l’action ou de l’inaction des Québécois.
📌 Ce que vous découvrirez dans les 5 articles de cette série
- Intro : De Lucien Bouchard à aujourd’hui : comprendre la crise de santé au Québec
- Article 1 : L’héritage de Lucien Bouchard et les choix politiques des années 90 : Comment les décisions budgétaires ont privilégié le médicament au détriment des soins et créé le terrain de la crise actuelle.
- Article 2 : La montée de la dépendance aux médicaments : Pourquoi la pilule est devenue le critère de compétence du médecin et comment cette dépendance s’est installée dans le système.
- Article 3 : La mentalité actuelle des patients : Comment les habitudes sociales et culturelles renforcent la dépendance aux médicaments, rendant la prévention et le suivi réels difficiles.
- Article 4 : Comparatif financier : médicament vs soin : En argent, ce que coûtent les pilules chaque année et ce qui aurait pu être investi dans les soins directs, la prévention et le suivi.
- Article 5 : Solutions pour rééquilibrer le système : Ce que l’État pourrait faire aujourd’hui pour remettre le soin au centre, réduire la dépendance aux médicaments et reconstruire un système de santé résilient et humain.
- Conclusion : Qui est vraiment responsable de la crise de santé au Québec ?
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Sources
Gouvernement du Québec – Comptes de la santé et des services sociaux — Données officielles sur les dépenses de santé, incluant les coûts du régime public d’assurance médicaments
Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ)
Tendances des dépenses nationales de santé – Institut canadien d’information sur la santé (CIHI)
CIHI – Communiqué sur les dépenses en médicaments – Dépenses des régimes publics d’assurance médicaments
Statistique Canada – Dépenses en médicaments


